Il faut sauver Alep: le devoir des nations libres.

: Président chez CERAP (Centre d’étude et de réflexion pour l’action politique).

Nous sommes à un moment particulier de notre histoire, l’un de ceux où le jugement qu’elle portera sur nous sera guidé par l’action que nous entreprendrons – ou ce que nous ne ferons pas. Les questions intérieures sont secondaires dans cette perspective, si accessoires et dérisoires, comme le devient chacune de nos tâches quotidiennes. Cessons de divaguer vers le futile et regardons le monde : les pages noires s’y écrivent à nouveau – en Ukraine, au Yémen, au Nigéria, en Birmanie, en Irak, et, plus encore que partout ailleurs, en Syrie.

Oui, à nouveau et sans relâche, nous devons reparler de la Syrie, le drame le plus absolu de ce siècle et une tache ineffaçable sur notre conscience à tous – de ceux qui ne s’en soucient pas et, plus encore, de ceux qui devraient quotidiennement et prioritairement s’employer à agir.

Ce qui se passe là-bas depuis désormais plus de cinq ans – cinq ans où nous n’avons rien fait, même si la France l’a bien tenté en 2013 – dépasse l’entendement en horreurs et souffrances. Rien de cela n’est nouveau: non, pire encore, c’est devenu perpétuel. C’est notre quotidien – et surtout le leur. Nous avons parfois l’impression que ces 2000 jours deviennent une forme d’éternité que tout espoir a fui.

Rien de nouveau, mais plus que jamais le crime. Le présent est celui-ci: tous les médecins d’Alep out été tués un à un, méthodiquement, comme ce sublime docteur Maaz, au visage lumineux et doux, par les gangs d’Assad appuyés par Poutine et l’Iran; des centaines de personnes, dont femmes et enfants, meurent chaque jour. Les hôpitaux, les écoles, les marchés sont délibérément visés par l’aviation du régime et par ses alliés russes. 470 000 personnes – si la Syrie était la France, cela serait 1,5 million – sont déjà mortes ; plus de 2 millions sont blessées ; 12 millions ont quitté leur ville, et sont déplacés ailleurs dans le pays, ou, pour plus de la moitié d’entre eux, réfugiés – et nous devons bien sûr les accueillir. L’asile est sacré et ne se négocie pas.

Comme Guernica, Auschwitz et Srebrenica, Alep marque la faillite du monde; il n’y a plus ni morale, ni repère, seulement l’indifférence devant le crime contre l’humanité. Assad et ses sicaires devront en répondre devant la Cour internationale de Justice. Hélas, les États-Unis deviennent complices de ce crime si l’on en juge par le dernier accord en date avec Moscou, aussi inepte et incompréhensible que répugnant. Ils laissent la Russie appuyer les crimes de guerre d’Assad et en commettre elle-même. Pour les Etats-Unis comme pour l’Europe, au-delà de la morale, il s’agit aussi d’une faillite stratégique grave dont les conséquences se feront longtemps sentir. Les pays libres, censés portés la responsabilité de protéger, perdront à jamais leur dignité et leur crédibilité.

Je sais que nos moyens sont limités, que l’opinion publique, occupée par les questions secondaires ou encline au divertissement, s’en moque, que des parlementaires félons et indignes qui sont la honte de notre pays ne songent qu’à pactiser avec Assad et Poutine, mais il faut que la France et l’Europe prennent des initiatives fortes – et je ne parle pas de « diplomatie ». Nos dirigeants politiques doivent s’exprimer sans ambages et agir. Le moment est grave et solennel. Notre dénonciation au plus haut niveau doit être sans ambiguïté envers tous ceux qui ont contribué à ce crime. Nous devons réaffirmer nos valeurs – mais nulle valeur ne vaut lorsqu’elle reste verbale.

La condamnation diplomatique ne suffit donc pas : arrêtons de faire état de notre « préoccupation » : demain cela sera notre « vive » préoccupation, après-demain elle deviendra « très profonde », etc. Déprenons-nous aussi de cette facilité qui consiste à « enjoindre », à « demander », à « exiger »: nous savons que cela ne signifie rien. Cessons aussi de nous masquer la réalité: les négociations de Genève ont échoués et elles échoueront à nouveau demain. Ce ne sont que des faux-semblants pour gagner du temps – et ce temps dit gagné veut dire concrètement des existences en moins. Oui, il y a urgence: à intervenir, non à négocier. On ne négocie pas avec celui qui a, il faut le redire, des crimes contre l’humanité. Pardon d’y insister encore et toujours: chaque minute qui passe signifie une nouvelle vie enlevée – des centaines de milliers de fois, une vie singulière.

Nous avons vu des photos d’enfants au visage écrasé, au corps en lambeaux, aux jambes brisées; nous les avons vu pleurer une soeur ou un frère, une mère ou un père – et ces pères et ces mères pleurent aussi, c’est plus insoutenable encore, une fille ou un fils. Songeons, ne serait-ce qu’une fois, que ces enfants sont les nôtres – ils pourraient être les nôtres.

Nous sommes tous responsables et je mesure combien cet engagement est lourd, mais nous n’avons pas le choix. Nous devons cela à nos enfants ou petits-enfants pour qu’ils nous regardent en face – nous le devons surtout à tous ceux qui meurent en Syrie dans les chambres de torture d’Assad, sous les bombes et sur les routes.

Notre histoire s’arrête à Alep.

Collectif des Amis d’Alep sur Facebook.

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